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Article
23/07/2004
La présence de Melissa Etheridge dans ces colonnes pourra en surprendre. Oui, Melissa Etheridge s'époumone sur des sonorités Folk-Rock, pur jus. Depuis 16 ans et 8 albums pour être plus précis. Non, ce n'est pas du progressif et sa musique n'a jamais eu grand chose à voir avec. Et Oui, je préfère ne pas me poser de questions et élargir mon champ de vision. Direction coup de coeur. Aller voir ailleurs les champs aux vertes prairies harmoniques est l'apanage de tout site musical. La question ne se pose pas. Je fais ce que je veux et puis c'est tout ! Concernant Melissa, c'est un cri qui vient de l'intérieur comme dirait Bernard. Il est des injustices plus flagrantes que le manque de reconnaissance d'une chanteuse dans l'hexagone. Que dire de cette désertion de la presse dite spécialisée (je parle de "Rock&folk" ou "Crossroads" pour ne citer qu'eux) ? Les bras m'en tombent. Le concert du 20 juillet dernier au Queen Elizabeth Hall de Anvers ne pourra qu'ajouter à mon admiration. Melissa force le respect. Replaçons-nous dans le contexte. Née en 1961. Première guitare à 8 ans. Après un passage au très prestigieux Berklee College of Music elle sort un premier album en 1988 immédiatement nommé au Grammy Awards avec "Bring Me Some Water". Elle enchaîne les albums : "Brave and Crazy" (1989), "Never Enough" (1992), "Yes I am" (1993) et fait son coming-out pendant la fête d'investiture de Bill Clinton, à Washington, en 1994. Reçue avec mention nouvelle égérie lesbienne du rock. "Your Little Secret" (1995), "Breakdown" (1998), "Skin" (2001), deux enfants (dont le père n'est autre que David Crosby de "Crosby Stills Nash & Young" et des "Byrds"), les "Monologues du vagin" version US sur scène et un mariage plus tard, Melissa co-écrit (c'est une première) son nouvel album "Lucky" emprunt d'un optimisme plutôt inhabituel. Passé le côté craspouille-gazette-people, nous comprenons mieux qui se cache derrière l'artiste. La carrière n'en est que plus passionnante. Et en dehors de son activité militante pour la cause homosexuelle aux côtés des sémillantes Indigo Girls et Ani Di Franco (portées également disparues dans nos contrées) il faut lui reconnaître une énergie dévastatrice et des compositions échevelées. Car c'est bien de musique dont je vous parle ici. Celle des tripes. Celle du coeur. Le Rock et le Folk. A l'unisson. Pour en revenir au spectacle de Anvers, sa performance frappera les esprits. 2h30 de concert non-stop et une Melissa dont la voix placée entre Janis Joplin et Rod Stewart fait des miracles. L'influence majeure reste malgré tout Bruce Springsteen. "Skin" n'est-il pas le pendant non moins réussi du chef d'oeuvre "Nebraska" ? Bruce, modèle iconisé pour l'énergie déployée sur scène, le charisme sympathique et décontractée (une gauffre belge en plein concert ça vous requinque), les vocalises époustouflantes dans leur brutalité sèche ("Bring me Some Water", "Secret Agent", "Meet Me in the Back") ou la douceur de ballades intemporelles ("Will You Still Love Me", "Come to My Window", "Breakdown"). La salle (très belle acoustique) restituera à merveille la chaleur de titres mémorables comme "Angels Would Fall", "Bring Me Some Water" ou "I Want to Come Over". Accompagnée par une section très efficace réduite au strict minimum (guitare, basse, batterie), Melissa fait preuve d'un savoir faire à toute épreuve tant à la six cordes qu'en face à face piano sur "Meet Me In The Dark". Un talent protéiforme mettant un point d'honneur à produire des titres d'une grande pureté, accompagnée de textes par ailleurs soignés, ce qui ne gâche rien. Souvent mise en compétition d'une Sheryl Crow surmédiatisée, elle parvient à développer son propre style, nettement plus tendu (moins commercial diront certains) où la naïveté se voit balayée d'un revers d'accords plaqués sans concession pour laisser place à une vision du monde d'un pessimisme lucide. Est-ce si étonnant de voir la France, dans toute sa splendeur culturelle, continuer à jeter un voile pudique sur une artiste majeure de la scène folk contemporaine ? Probablement pas puisque le genre ne survit ici qu'au travers de compromissions pitoyables telles que les duo B. Biolay - E. Nova ou G. de Palmas - S. Crow... en dehors de quoi la viabilité financière de l'affaire semble à ce point douteuse qu'il nous faudra attendre une nouvelle transformation scénique pop-à -la-mode à la sauce Shania Twain, Faith Hill et plus récemment Jewel. Heureusement, l'espoir est permis de voir en Melissa l'archétype de l'intégrité musicale. Et pour les plus curieux d'entre nous, la paroisse folk, n'est pas tout à fait morte malgré une façade devenue mauribonde. Au delà des mythiques Dylan, Young ou Springsteen, il existe toujours un étonnant vivier créatif. A nous d'aller fouiner, de nous rendre curieux et de partager nos découvertes. Aux côtés de Aimee Mann, Natalie Merchant, Shawn Colvin, Mary Chapin Carpenter, Alison Krauss, Sarah McLachlan ou Indigo Girls (j'en oublie tellement), Melissa Etheridge parvient à établir la fragile synthèse entre l'esprit folk épuré des ballades acoustiques et un rock pur et argneux qui ne sombre jamais dans la hargne schématique. Pour cela, mais aussi pour cette bulle de bonheur offert en concert à un public "nordique" plus réceptif (et aux courageux venus de loin), pour la cause, sa foi en la musique et pour le reste : encore merci. Et à la prochaine... ici ou ailleurs ! Cyrille Delanlssays
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