Dans le petit monde de la musique, il est des reformations aux relents plus que douteux. De celles rendues nécessaires par l'achat d'une résidence secondaire, un fiasco boursier ou le copain comptable un peu trop malin barré dans un paradis fiscal quelconque (si, ça existe !). Rien de cela pour les quatre loustics du Van Der Graaf Generator - pas le genre de la maison ! Tout au plus une réaction post cardiaque de l'ami Peter Hammill ajouté à cette fameuse réunion improvisée sur une scène londonienne en 2003. Le besoin irrésistible de ressentir les vibrations seventies. Uniques. Car VDGG a vécu et bien vécu. Avec éclat. De 1969 à 1978, ils graveront quelques uns des plus beaux fleurons du genre tout en préservant leur statut de nébuleuse à l'ombre des géants (Yes, Genesis, King Crimson, Pink Floyd). Pas commercial pour un sou et sans concession. La réunion annoncée l'an passé avait sonné comme un coup de tonnerre. Imaginez : un double album, des rééditions remasterisées et la tournée en prime... improbable retour et pourtant...
Quelques notes. Flash back. Moins de quarante minutes (seulement ?) plus tard, il faut se rendre à l'évidence : le miracle attendu n'est pas tout à fait au rendez-vous. Blasphème ?
Mettons les choses au clair. Le premier CD, maître étalon par lequel on jugera de la pertinence d'un tel retour, navigue dans la tranche classique du répertoire. Titres déphasés. Incisifs. Hugh Banton fait son numéro ("Every Bloody Emperor") alors que le saxophone de David Jackson trouve encore des arguments pour agrandir les champs du possible ("Boleas Panic"). Magnifique, si ce n'était une spontanéité, une énergie en deçà. Un je ne sais quoi qui empêche de retrouver toute la magie d'antan ("Abandon Ship" balourd).
Peter Hammill, grandiloquent et rugueux, impose sans mal son style si particulier, une merveille sur "Nutter Alert" - titre phare épaulé par le paisible "On the Beach" pour éclairer ce disque d'une lumière tantôt crue, tantôt apaisante. Les souvenirs des "Still Life" ou "Godbluff" paraissent ressurgir de nulle part.
Fondu enchaîné - second disque et embarquement pour une destination nettement plus aventureuse. Une démarche pétrie d'improvisations travaillées. Malgré tout, les oreilles non averties souffriront. Envolées parfois dissonantes ("Spanner", "Homage to Tea"), souvent abstraites ("Architectural Hair", "Eavy Mate", "The Price to Admission"), le résultat est un choc frontal qui en dit long sur la volonté d'avancer de nos quinquagénaires ! A quelques grandes réussites ("Double Bass", "Crux") se disputent des essais plus anecdotiques ("Slo Moves") voire laborieux ("Manuelle"). Indispensable ? Pas si sûr.
Exigent avant tout, "Present" ne séduira pas un large public. Une habitude qui reprend ses droits (d'auteur). Avant de s'y jeter, peut-être les novices devraient-ils faire l'effort de visiter quelques classiques à la beauté plus immédiate. Sans être le chef d'uvre espéré, ce nouvel allumage n'en demeure pas moins exemplaire et prometteur d'une suite déjà annoncée. Soyons rassurés malgré tout, 27 ans après son recyclage prématuré, le générateur déglingué tourne toujours à plein régime.
- Peter Hammill / lead vocal, guitars, piano - Guy Evans / drums, percussion - Hugh Banton / organs, piano, Mellotron, bass pedal/guitar, synthesizer - David Jackson / saxophone
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