Surplombé par la voix rouleau-compresseur de Bruce Dickinson, The Book of Souls est le premier double album des inamovibles Iron Maiden, chantres dun rock dur à cuir moulant portant haut ses lubies morbides avec linfatigable Eddie the Head, leur fameuse mascotte décharnée. Disons-le tout de go, ce seizième opus ne devrait pas finir immédiatement aux puces. Pour ne pas avoir mégoté sur la bête, le quintet confirme même son regain dintérêt pour les missiles longue portée.
Avec trois morceaux franchissant la barre des 10 minutes syndicales, lalbum prouve quaprès quasiment quarante années de bons et loyaux services (ndr : et pas de longs et boyaux sévices), Iron Maiden nest pas là pour gérer sa propre légende, ni compléter une discographie avec une vocation aussi commerciale que dénuée dinspiration (ai-je déjà évoqué AC/DC ?). Se faire plaisir. Sans contrainte. Avec cette volonté de ne pas senterrer dans un genre aussi codifié que le fameux Hard-Rock. Les seules options étaient alors de raccrocher les gants ou de laisser libre court aux pulsions du moment, au gré des humeurs.
Après avoir (plutôt bien) fait le boulot sur A Matter of Life and Death (2007) puis Final Frontier (2011), titré comme un ultime rappel crépusculaire, la sortie de Book of Souls échappe ainsi aux prévisions qui faisaient de la dernière tournée en date, qui passa par le Hellfest 2014, le glas dune carrière pour le moins iconique. Malgré la maladie de Bruce Dickinson (aujourdhui fort heureusement en rémission), les anglais tomberaient les armes à la main. Et avec ses lointains échos de Seventh Son of the Seventh Son (1988), Book of Souls serait une véritable incitation à ressortir ses colifichets estampillés !
Bien vu. Malgré lexceptionnelle discrétion de Steve Harris aux compositions (un seul titre au compteur), La bête savère bien nerveuse et enchaîne les soli avec une assurance rare, les rythmes effrenés, les riffs dodus, sur un son méticuleux (Kevin Shirley aux manettes) et des mélodies qui évient le trop plan-plan dans la démarche. On sera daccord pour dire que rien nest vraiment original et que le groupe nous a déjà fait entendre toute létendue de cette poudre incendiaire il y a bien des années déjà. Mais quoi ? Bordel ! Sans tout reconstruire, Iron Maiden parvient malgré tout à se bouger suffisamment le cul pour ne pas le laisser entre deux chaises ou photocopier un passé qui deviendrait son passif à brouettes. Aussi, on pourra saccorder à trouver le mamouth « Empire of the Clouds » un tantinet statique, sans toutefois ternir le tableau de chasse, mais lintervention de pianos, violons et de guitares aériennes (presque atmosphériques) se révèlent paradoxalement de jolies bizarreries dans une discographie qui na plus rien à prouver. Et si tout nest pas parfait, rien nempêche Book of Souls de se muer en très belle réussite. En étant un peu téméraire, nous pourrions ajouter que Iron Maiden fait bien plus que se maintenir sous respirateur artificiel. Ils atteignent ici un sommet jamais frôlé depuis un quart de siècle bref, une éternité ! Alors, profitons !
AmarokProg - Rock, Folk, Rock Alternatif, Metal, Prog Rock, Hard Rock, Blues, Bluegrass, Jazz, Celtique... le webzine musical avec albums, groupes, discographies, critiques, videos et extraits...